26/11/2009

Technique de travail

Petit avertissement préalable. Si lorsque vous ouvrez ce post l'alignement est foireux,  ouvrez-le directement en cliquant sur son lien dans la colonne de gauche... C'est mieux.

Nous avons reçu plusieurs questions concernant la technique de travail sur cet album. C'est une technique que j'ai déjà utilisée pour les albums "Conquistador" et "Sur les quais" réalisés chez Casterman. il s'agit du crayon et lavis. Je vais détailler un peu l'alchimie de cette technique. C'est un vrai post long, mais il faut parfois faire un effort!

Alors, en route vers de nouvelles aventures! J'explique tout, je dévoile tout!

1ère étape:

Je dessine la planche au crayon au format A3. Je m'appuie évidemment sur le scénario que Benjamin m'a donné. On voit la page de scénario à gauche dans la première image. Le scénario comprend une courte description de la scène et le dialogue entre les personnages. La description du décor est précisée. La mise en page, mise en image, les prises de vue sont souvent simplement indicatives et non contraignantes, sauf si ces précisions sont importantes dans l'histoire.
Cette planche, une fois dessinée au crayon sera scannée. Il ne s'agit pas de ce qu'on appelle un crayonné qui serait destiné à l'encrage. Le dessin au crayon est un dessin terminé.

 

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2ème étape:
J'ouvre la planche scannée dans photoshop et je la réduit au format A4. Je la "nettoie". Pour ça, dans un premier temps, j'augmente un peu la luminosité et le contraste. ça me donne un trait plus contrasté et plus tranché. Ensuite, je gomme les choses que je ne veux pas voir. Taches, grisés ou traits indésirables. En général, je travaille très "proprement", le gommage est donc assez superficiel.

Je trace ensuite les cadres autour des cases, je tape le texte avec la police que j'ai numérisée et enfin, je trace les phylactères (bulles). Les textes et les phylactères resteront sur des calques séparés afin de garder le dessin intact et faciliter le travail du lavis. Nous verrons ça plus tard.

 

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3ème étape:

J'imprime la planche A4 sur un papier aquarelle 250 grammes. La seule imprimante que j'ai pu trouver qui remplisse cette fonction sans problème est une vieille  hp deskjet 870. Je suis donc obligé de garder un vieux mac 8600 pour utiliser cette imprimante adb. Le gros avantage de cette imprimante est que l'encre sèche immédiatement et ne se dilue pas à l'eau. Là aussi c'est la seule que j'ai trouvée capable de cette performance. C'est sur la planche imprimée que je vais appliquer le lavis.

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4ème étape:

Je retourne au travail purement manuel, pour mon plus grand plaisir. C'est l'étape du lavis. J'utilise de l'aquarelle, des pinceaux chinois et c'est tout. Le moins de moyens possible.

J'adore limiter les moyens pour en tirer le maximum, c'est une des raisons pour lesquelles je travaille le noir et blanc. Le noir et blanc me permet de me concentrer sur l'ambiance, sur l'ombre et la lumière, sur le contraste. La couleur a plutôt tendance à me perturber. Je dessine au crayon parce que ça me permet de garder une certaine souplesse de trait, plus de nuances. Quand j'encre, j'ai une tendance à raidir mon dessin.

J'imprime le dessin sur des feuilles aquarelle plutôt que de dessiner directement sur ces feuilles et les passer au lavis parce que ça me permet de me planter à la dernière étape sans devoir recommencer tout le dessin... Quoique j'ai rarement recommencé une planche, mais ça arrive. L'impression me permet également de renforcer un peu le trait sans devoir l'encrer.

Ma technique de lavis a évolué, j'en arrive presque à "colorier" en noir et blanc, dans le sens où, par rapport à l'album "Conquistador" sur lequel le lavis était mis essentiellement en deux couches, maintenant il n'est pas rare que je passe 5 couches pour obtenir des gris profonds. Les temps de séchage sont donc assez important, il ne faut pas fatiguer le papier. J'aime ce travail de bénédictin. Ce qui a l'air rapide est en fait assez lent.


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5ème étape:

Je scanne la planche passée au lavis et j'implante les textes dedans. C'est cette planche réduite à 100 DPI que je maile à mon éditeur afin de lui montrer que le travail avance... Et qu'il est temps de payer!
Plus tard, l'éditeur recevra les planches originales qu'il scannera de manière professionnelle. Moi, il me restera à remettre les textes dedans pour les faire partir à l'impression. Il ne reste alors qu'à croiser les doigts en priant pour que l'album soit bien imprimé.


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Pour les cancres du fond de la classe, contre le radiateur, qui n'ont pas tout suivi, je répondrai volontiers aux questions.

Georges V. L.

17:00 Écrit par Benjamin Fischer dans Dessins & croquis inédits | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

Making-of Quand c'est bon, c'est toujours trop court.
C'est ce genre de post qui fait la qualité d'un blog de bd, le coté making-of est quelque fois plus intéressant que la page finale.

Écrit par : Mike | 27/11/2009

Petite question,

Si j'ai bien compris les bulles et le texte se mettent par après. Pourquoi finalement, je pensais que cela faisait partie du dessin. Surtout n'est-il pas plus facile d'intégrer dès le départ les bulles dans la conception du dessin?

En tout cas très intéressant cet article. Je me suis trouvé une passion du dessin assez récemment, et ces choses-là m'intéressent beaucoup.

Écrit par : Marc | 25/08/2010

@ Marc:
Je place les phylactères après et à part pour avoir plus de liberté en posant le lavis. Si je devais contourner les phylactères avec ce lavis, je risquerais de salir ces phylactères. Quand je conçois le dessin, je sais évidemment où vont se trouver les textes. Il n'y a pas de règle précise, on fait ce qu'on veut.
Et puis, j'aime bien les planches sans les textes, uniquement avec le dessin.

Écrit par : georges | 25/08/2010

Merci de ta réponse.

Écrit par : Marc | 26/08/2010

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